
" … 5h du matin, encore un jour tôt, une nuit courte, sans rêve.
Léna s’était endormie encore avec ses mots pleins la tête.
Elle ne l’avait pas eu au téléphone, elle l’avait coupé sans doute,
Dans sa lettre du matin elle disait qu’elle s’était sentie vide d’elle...
Elle demandait, re-demandait : Est-ce que tu m’aimes ?
Oui elle l’aimait, dans une relation étrange, elle l’aimait.
Dans ce noir de nuit encore,
devant son café elle avait honte d’elle, c’était une fulgurance qui emportait quelque chose qu’elle n’aimait pas, où elle se perdait, un vieux manteau de peaux usées, trop lourd, qui paralysait ses rêves.
Elle pensait à lui.
Léna revendiquait sans en avoir le droit, quelque chose dont ce matin elle avait un peu honte.
Moralement elle n’avait aucun droit,
la morale sur le droit ?
L’amour sur l’amour ?
Elle qui aimait tant la liberté...
Peut être que ça ne durerait pas, ce sentiment nouveau, alors, elle s’était vite mise à fixer les mots avant qu’ils ne lui échappent.
Les mots étaient libres eux.
Ils avaient leur propre vie.
Entre café et songes, elle écrivait.
Là...
Léna sentait comme une culpabilité,
une verrue malsaine qu'elle grattait sans cesse.
Elle voulait imprimer les mots, les mettre en rouge sang sur papier de soi
Léna se demandait pour la première fois quel était son droit, ses droits
Elle n’en avait aucun et au nom de l’amour qui méritait un grand A,
elle se dit qu’elle avait perdu une partie de ses rêves de liberté. Sa liberté.
Elle comprenait peut être, enfin qu'elle n’avait aucune revendication à faire, à dire, à exiger
Elle se jurait d'être différente
C’était arrivé comme ça dans le matin noyé de nuit…
Léna aimait...
Elle avait un goût de victoire sur le coin de son sourire...
Sur le chemin, elle écrasait une tige de fenouil, respirait l'odeur de l'anis, celle de sa petite enfance à la campagne. long temps
Elle venait d'ouvrir une porte
celle de sa liberté..."